[ZOOM SUR] Lubrizol : Quand la crise fait tâche d’huile…

L’incendie de l’usine de Lubrizol, une semaine après les faits est encore au cœur de l’actualité. L’accident industriel, survenu dans la ville de Rouen, est passé tout d’abord sous le radar médiatique, à la faveur du décès de Jacques Chirac, pour réapparaître plus fort tel un retour de feu, 3 jours après les faits en impactant non seulement l’industriel mais aussi les autorités, jusqu’au gouvernement.

Mauvaise gestion de la communication par l’industriel ? Par les autorités ? Effets « réseaux sociaux » ? Amplification des faits par les fake news ?

Sans nul doute, un peu de tout cela, il s’agit surtout d’un événement majeur en termes d’impact sanitaire (sujet ô combien sensible) non géré dans ses premières heures ; là où justement elle est primordiale. Le premier communiqué de presse de l’industriel (américain) diffusé dans la journée du 27 septembre est une mauvaise traduction d’un communiqué rédigé en anglais où les erreurs de traduction (« un incendie a éclaté ») se mêlent aux tournures maladroites et quelquefois même contreproductives. Lubrizol attendra 3 jours pour communiquer en français, mettre en place une zone d’information sur son site internet et localiser son action de gestion sensible à priori sur le sol français aidé par une agence spécialisée. Le changement de vocabulaire est notable, on parle enfin aux populations et non au marché et actionnaires lointains. Il attendra néanmoins une semaine pour publier la liste des éléments chimiques ayant brûlé tout en lançant l’hypothèse d’une origine criminelle à son incendie.

Dilution des responsabilités ?

Car pendant que Lubrizol tâtonne et cherche à se faire discret, les foudres médiatiques et populaires s’abattent sur une autre cible, plus visible… les autorités ! Celles-ci sont vite soupçonnées de vouloir cacher les faits. De leur côté, elles se défendent en mettant en avant la transparence de leur communication. Oui. Elles l’ont été, elles ont communiqué, mais de façon désordonnée, peu incarnée et trop déclarative. Le tout n’est pas de communiquer mais de savoir, si ce n’est de sentir, quelle information donner et cela au moment où elle est nécessaire. Faute de quoi, ce sont toutes les informations délivrées qui seront soumises au doute, y compris le bon équipement des pompiers qui sont intervenus sur les lieux.

L’affaire Lubrizol par ses débuts chaotiques et brumeux (c’est le cas de le dire) risque aujourd’hui de garder le haut de l’affiche longtemps car le calendrier à venir est chargé. Après le temps de l’événement, le temps politique, viendront le temps de l’enquête puis le temps judiciaire. Lubrizol n’a pas fini de faire tâche d’huile…